De l’Esprit des Mines et de la Terre – Analyse de l’Intervention de Jean-Paul KAPONGO KADIOBO (SAEMAPE)
Il est des instants où la tribune d’une conférence devient l’arène où s’affrontent l’âpreté de la roche et la clarté de la loi. Lors de ce panel «Spotlight on DRC», Jean-Paul Kapongo, Directeur Général du SAEMAPE (Service d’Assistance et d’Encadrement de l’Exploitation Minière Artisanale et à Petite Échelle), a livré une intervention qui résonne à la fois comme un traité de Montesquieu sur l’esprit des lois minières et comme un plaidoyer hugolien pour les forçats de la terre.
Face à une audience d’investisseurs canadiens avides de garanties et de transparence, le DG du SAEMAPE n’a pas fait dans la dentelle diplomatique. Il a brandi le Code minier comme un bouclier et une épée.
1. La Rigueur de la Loi face au Chaos des Profondeurs (L’Esprit de Montesquieu)
Pour qu’il n’y ait point d’abus de pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. C’est ce que le Directeur Général du SAEMAPE a magistralement démontré aux investisseurs nord-américains. Loin des discours évasifs, il a disséqué l’anatomie juridique de l’exploitation artisanale avec une précision d’horloger :
a. La fondation de la coopérative – L’exigence de 24 citoyens congolais, munis de leurs cartes d’électeurs, prouvant ainsi que la souveraineté commence par l’identité.
b. La barrière à l’entrée – Le paiement d’un droit de 5 000 dollars, un filtre nécessaire pour distinguer l’engagement véritable de l’opportunisme.
c. L’architecture institutionnelle – La marche du dossier, du Directeur des Mines jusqu’au Ministre, avant de redescendre vers le Secrétaire Général, illustrant la séparation et la collaboration des pouvoirs administratifs.
Les investisseurs canadiens, pragmatiques et soucieux de la « compliance », ont trouvé dans cette rudesse apparente une réponse claire et détaillée. Kapongo Kadiobo a balayé l’image d’un Far West minier pour y substituer celle d’un État de droit, où l’Article 5 du Code Minier dicte que la terre et ses fruits se méritent par la conformité, et non par la spoliation.
2. Le Ton d’un Combattant : La Passion de l’UDPS (L’Élan de Victor Hugo)
On a pu percevoir dans son allocution un ton parfois percutant, agressif, frôlant une posture que d’aucuns qualifieraient de factieuse face à ses contradicteurs. Mais comment parler des entrailles de la terre avec la douceur des salons?
Cette ferveur est celle des vainqueurs de l’ombre.
Dans cette véhémence, c’est l’âme des combattants de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) qui a vibré au pupitre. Il a rappelé, par son ardeur, qu’il est en poste non pas pour distribuer des complaisances, mais pour défendre farouchement l’intérêt national. Ce n’est pas de l’agressivité, c’est le cri d’un patriotisme qui refuse que les richesses du Congo continuent de s’écouler sans enrichir ceux qui les extraient. Il s’est érigé en défenseur du souverain primaire congolais.
3. De l’Artisanat à la Petite Mine : Élever les Misérables vers la Dignité
Le passage le plus saisissant de son intervention demeure son combat pour la formalisation.
Kapongo décrit une réalité implacable : sur 1 435 coopératives minières identifiées, Il existait seulement une ZEA à son arrivée à ce poste en 20022 , aujourd’hui le SAEMAPE compte plus de 211 Zones d’Exploitation Artisanale (ZEA).
C’est ici que son travail d’arrache-pied prend toute sa dimension épique. En s’alliant à la pointe de la technologie internationale (avec l’appui de l’Allemagne, de la Suisse et de l’intelligence artificielle), il cartographie le territoire pour ramener la lumière dans la nuit des mines.
Son objectif ultime, tel qu’il le clame : accompagner la transition de l’artisanat minier vers la «petite mine».
Il ne s’agit plus de laisser les «creuseurs» gratter la terre dans le péril et la clandestinité.
En structurant ces coopératives, en chassant le travail des enfants et des femmes enceintes des carrières (des fléaux qu’il a courageusement abordés), le DG du SAEMAPE travaille à transformer les damnés de la terre en véritables entrepreneurs miniers.
In fine, l’intervention de Jean-Paul Kapongo fut une bourrasque de franchise. Sous l’écorce d’un verbe combatif se cachait une feuille de route institutionnelle d’une limpidité absolue pour les capitaux étrangers. En digne fils du pays et représentant de la vision de l’UDPS, il a prouvé que la République Démocratique du Congo exige désormais d’être abordée par la grande porte du droit formel, transformant la sueur des mines artisanales en socle d’une industrie de «Petites Mines» fière, légale et souveraine.




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